samedi 26 mars 2011

Éloge de la simplicité

Ce 24 mars, La Petite Échelle[1] a invité Philippe Defeyt à Enghien, pour initier un débat sur une apparente contradiction entre une société à croissance économique faible mais à politiques sociales fortes.

Dans son introduction abondamment illustrée, le chercheur de l’Institut pour le Développement Durable a démonté les mécanismes psychologiques de la consommation et démontré les errances d’une croissance censée réduire le chômage, mais qui, au contraire, en génère un peu plus chaque année[2]. Il a aussi tenté un rapprochement entre environnement difficile et situations sociales précaires, citant le bruit entre autres exemples. Les riverains des grandes routes et des aéroports ne sont-ils pas souvent parmi ceux qui utilisent le moins la voiture et l’avion dans leurs déplacements professionnels notamment ?

Ayant précisé à souhait, comme Tim Jackson par ailleurs[3], les limites et l’absurdité d’une économie à croissance perpétuelle, Philippe Defeyt a dessiné les contours d’un modèle de société alternatif. Les solutions qu’il propose ne sont pas imposées par le haut, mais construites dans nos comportements quotidiens :
  • Une consommation raisonnée qui privilégie les produits de proximité et restaure une relation de confiance avec les acteurs économiques (du maraîcher au banquier !) ;
  • Un rythme de travail apaisé, réservant du temps au lien social et libérant parfois d’évolutions technologiques qui apportent aussi leur lot de contraintes et qui font gagner si peu en qualité de vie ;
  • Une évolution de nos comportements individuels vers des attitudes collectives où l’on partage les biens plutôt que les accumuler (voiture, tondeuse, piscine, livres…) ;
  • Un retour à la simplicité, notamment dans les produits que l’on consomme sans réel besoin, sans les comprendre (produits financiers !) ou sans en maîtriser toute la complexité (machine à laver aux nombreux programmes !).
Ces propositions sont à ce point inspirées du bon sens qu’elles peuvent à première vue paraître désuètes par rapport à l’ampleur du défi qui consiste à résoudre des crises multiples et planétaires. Le « penser global, agir local » garde toute son actualité ! Face aux difficultés rencontrées, je suis convaincu de la pertinence des évolutions individuelles, à petite échelle et dans le cercle restreint de notre environnement proche. Une prise de conscience progressive du pouvoir de nos actes quotidiens permettra à terme, dans un phénomène d’amplification en « boule de neige », d’atteindre le seuil critique qui contraindra l’économie à un changement de paradigmes et entrainera les décisions politiques dans un même élan.

Face au découragement et au pessimisme que nous dicte une observation attentive des mécanismes pervers de notre société, continuons à opposer la force de notre volonté personnelle. Les réflexions du jour nous invitent à apporter des solutions simples aux problèmes complexes.

[1] ASBL qui développe le microcrédit dans la région d’Enghien
[2] 200.000 chômeurs vers 1980, 700.000 aujourd’hui, selon les chiffres cités par Ph. Defeyt.
[3] Tim Jackson, Prospérité sans croissance. La transition vers une économie durable. Éditions De Boeck.

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