vendredi 16 septembre 2011

Rentrée des classes : les défis de la temporalité

1er septembre - En rentrant de sa première journée à l'école primaire, un enfant un peu déçu dit à sa mère : "maman, je suis en 1ère année et pourtant je ne sais pas encore lire" !
Beaucoup de jeunes élèves font cette expérience et beaucoup de parents sont surpris face à cette réaction. Mais, à y regarder de plus près, face aux multiples et vastes défis de la gestion du temps, ce sont sans aucun doute les enseignants qui sont le plus décontenancés.

Depuis leur plus jeune âge, les gamins intègrent la notion d'immédiateté. Autour du berceau, déjà, les parents s'affairent à répondre au plus vite à tous leurs besoins. Et dans la société du prêt à porter, ensuite, tous les objets de consommation sont à portée de main (et de caprice !). Même le plaisir des découvertes, aventures et autres camps qui se construisaient autrefois patiemment, jour après jour, dans le fond du jardin ou sur le terrain vague du quartier, se limite à présent à quelques heures passées dans les centres de loisirs où tout a été conçu pour offrir un bon moment aux familles, misant souvent sur les sensations liées à la vitesse. Et le plus sidérant pour nous, leurs ainés, qui avons connu les bottins de téléphone, les encyclopédies Alpha et les livres d'images destinés à illustrer nos "élocutions" : toutes les informations sont désormais disponibles, en quelques clics à peine, grâce à des moteurs de recherche super rapides dont nous ne mesurons pas la puissance.

Né dans ce monde de la vitesse, avec quels yeux l'enfant regarde-t-il dès lors cette école qui l’accueille pour l’aider doucement à grandir, qui fait appel à sa patience afin de respecter le rythme de la classe et où le temps lui semble parfois long quand il s'agit d'emmagasiner des consignes pour construire progressivement des savoirs et des compétences ? Pour lui, la vraie vie est-elle ici, au milieu de ces 25 enfants qui font face au tableau noir, écran large mais éteint ? Ou alors, est-elle à l'extérieur des grilles fermées, là où des écrans fascinants projettent des images virtuelles et lui proposent le rêve et l’évasion ?

Construire patiemment ces savoirs, ces compétences, forger ces personnalités... N'est-ce pas devenu mission impossible pour des milliers d'enseignants qui opposent chaque jour leur seule bonne volonté à des enfants qui ont la tête ailleurs, dans un monde où tout va vite, et la rage au corps pour obtenir tout de suite satisfaction à leurs besoins ? Donner du sens aux apprentissages, c'est aussi, et peut-être surtout, aider l’enfant à se réapproprier le temps et à lui donner de la valeur, apprendre à gérer un agenda et y mettre des ordres de priorité…

Bonne rentrée à tous les enseignants passionnés par leur métier mais confrontés aux défis de la temporalité.

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