« Il faut supprimer les cours de langues tels qu’on les donne à l’heure actuelle. Ce point de vue peut paraitre radical, mais à l’heure de la rationalisation, des économies, je ne vois aucune raison de maintenir tel quel un système si peu performant ».
Dans son récent pamphlet, « Pour en finir avec l’enseignement des langues » (1), le professeur Eloy Romero-Muñoz, doctorant en linguistique éducationnelle aux Facultés universitaires Notre-Dame de Namur, s’exprime en ces termes et jette un nouveau pavé dans la mare pour tenter de briser la glace qui paralyse toute évolution significative dans l’apprentissage des langues.
En juin 2010, Annick Comblain, Docteur en logopédie, déclarait déjà que « l'enseignement des langues étrangères marche sur sa tête » (2). Cette chargée de cours de l’ULg expliquait que, malgré que nous ayons de bons professeurs, ceux-ci sont contraints par des programmes qui mettent beaucoup trop l'accent sur la grammaire. En février 2011, c’était au tour du professeur de l’UCL, Dany Etienne, de secouer vigoureusement le cocotier : «Notre enseignement des langues est inégalitaire et incohérent. Il manque de moyens et les objectifs fixés par la Communauté française sont brumeux » (3).
En participant aux travaux de la commission éducation du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, je constate que les recherches sur l’apprentissage des langues se répètent et convergent pour démontrer l’inadéquation des stratégies et la faiblesse des résultats. A chaque fois, cependant, la Ministre de l’Enseignement encaisse les coups, minimise l’ampleur de la situation et renvoie finalement les experts à leurs études, prétextant qu’il y a sur le terrain quelques bonnes pratiques qui suffisent à justifier que tout ne va pas si mal.
Peut-on continuer à faire du surplace et fermer les yeux sur un système aberrant où les enfants subissent trop souvent des cours de linguistique (grammaire et Cie) alors que notre société invite et réclame qu’on les fasse communiquer ? Pourquoi cette frilosité ?
A moins de réclamer l’immersion pour tous… Mais, actuellement, la folle course en avant des écoles en immersion linguistique mobilise des moyens humains disproportionnés au bénéfice de quelques élèves privilégiés alors que l’immense majorité des autres doit se partager un nombre insuffisant d’enseignants pour relever ce défi de la communication.
Nous sommes tous conscients de l’impossibilité de dégager à brève échéance des moyens financiers nouveaux. Cependant, il n’y a plus de temps à perdre. On ne peut pas rester les bras croisés à attendre en silence qu’arrivent des jours meilleurs. Je propose dès lors de faire confiance aux enseignants qui développent des stratégies efficaces dans leurs classes, aux chercheurs qui multiplient les appels à la réflexion, aux inspecteurs et conseillers pédagogiques qui sont en première ligne pour évaluer la situation. Le moment est venu de mobiliser ces acteurs de terrain. C’est en se rencontrant et en confrontant leurs idées que pourront émerger des solutions novatrices.
Avec ECOLO, je propose de réaliser un « Plan langues ». Au terme d’un forum qui mobiliserait tous ces acteurs autour des questions liées à l’apprentissage des langues – en ce compris le français qui n’est pas toujours la langue maternelle de nos élèves – notre enseignement sera en mesure de redéfinir les objectifs et de recentrer les méthodes pédagogiques vers la communication.
(1) http://issuu.com/oblq/docs/elo_ensaignement_extraits
(2) http://www.lesoir.be/debats/a_bout_portant/2010-06-18/l-enseignement-des-langues-etrangeres-marche-sur-sa-tete-776880.php
(3) http://www.enseignons.be/actualites/2011/02/19/apprentissage-langues-dany-etienne/

Je ne peux que me joindre à ce qui est dit dans cet avis/appel. Toutefois, deux points retiennent mon attention et nécessitent un ajustement. Tout d'abord, on ne peut plus dire aujourd'hui que les programmes mettent trop l'accent sur la grammaire. De toutes parts (entendons de spécialistes venant de TOUTES les universités francophones), on constate que la place que tient la grammaire dans les programmes est trop marginale (programmes CF) ou que la grammaire est carrément absente (FESeC). Ensuite, en plus des points abordés ci-dessus, je dirais qu'il faut impérativement mettre de l'ordre dans la communication entre les différents niveaux de pouvoir dirigeant l'enseignement dans la FWB. Lors de notre entrevue devant la Commission Education de la FWB (mai 2011), l'inspecteur coordonateur général a affirmé qu'un document précisant quatre niveaux d'évaluation avait été retiré de la circulation (document ne disposant d'aucune officialisation et ayant été mis en circulation "au petit bonheur la chance"). Une semaine après cette déclaration, je rencontrai un inspecteur en langues germaniques qui n'était nullement au courant de ces dires. Et pire, je constate qu'aujourd'hui-même, presqu'un an après ces déclarations, le-dit document reste en circulation. Arrêtons-donc les déclarations à l'emporte-pièce et soyons efficaces, aussi au niveau de la gouvernance, du pilotage, de notre système éducatif. Nous ne nous en porterons que mieux.
RépondreSupprimerDany Etienne
Bonsoir,
RépondreSupprimerJ'aimerais, moi aussi, apporter une précision importante. Je pense vraiment, contrairement à Dany Etienne, que la grammaire est toujours un élément central de l'enseignement des langues en Belgique francophone, notamment parce que les manuels scolaires que l'on utilise dans nos classes perpétuent une conception de la langue en tant que système formel abstrait. Il suffit de regarder les tables des matières de ces manuels pour s'en convaincre, sans parler du succès commercial de manuels d'auto-apprentissage comme _Essential Grammar in Use_ de R. Murphy (Cambridge University Press). Les professeurs, les parents et les élèves aussi restent souvent persuadés qu'apprendre une langue, c'est apprendre des mots et des règles pour les combiner (les "bases" comme on entend souvent).
Toutefois, je suis content que le monde politique s'intéresse à la recherche en didactique des langues. J'aimerais cependant que cet intérêt se traduise par des actes et ne se cantonne pas, comme le souligne Dany Etienne, à des paroles pieuses.
Eloy Romero-Muñoz